samedi 24 mars 2012

Tu seras racketté, mon fils !



Tant qu'on n'a pas d'enfant scolarisé dans une école élémentaire, on ne peut pas savoir exactement ce qu'il en est de l'"Education Nationale".

Certains parents pensent avoir déjà pigé tout le truc quand ils n'en ont qu'un seul et à la maternelle, mais non. A coté de l'école élémentaire, la maternelle, c'est carrément de la parfaite rigolade. Un parcours de santé allégé ! 

L'entrée en CP  nous met immédiatement dans l'ambiance : les réunions interminables du mois de septembre  nous expliquent que oui il faut un protège cahier rouge parce que la maîtresse elle aime bien le rouge et si possible un mauve avec des rabats jaunes parce que ça éveille la créativité ou bien encore qu'il faut faire la distinction entre les heures de classe et les heures d'interclasse où les enfants ne sont plus du tout sous la responsabilité de l'Education Nationale :
" Non Madame, moi je ne suis pas  personnel Mairie, je suis EDUCATION NATIONALE ! Je ne m'occupe donc pas de votre enfant dans l'interclasse, pour toutes réclamations concernant le bras cassé, adressez vous aux services de la Mairie".
"Non Madame, je ne vous ai pas appelé parce qu'il est simplement tombé sur le front mais c'est pas grave, on lui a mis un peu d'eau sur la tête ! Nous à L'EDUCATION NATIONALE on ne donne pas de médicaments" ...

Il y a des moments où, face à cette institution, toute la patience et toute la bonne volonté du monde finissent par faire défaut tant on se sent plongé dans un univers complètement absurde, à coté duquel Kafka fait figure de "Tchoupi et Oui-Oui font des pâtés de sable en reluquant le cul de Potiron".

J'ai récemment expérimenté la réunion d'entrée au collège, un grand moment à ne pas rater.

Jusqu'à présent, les réunions avaient encore l'air de trucs vraisemblables. Et puis l'auditoire pouvait faire semblant de prendre le moment au sérieux. En même temps c'était pas trop compliqué. Hop, Hop, voilà une petite école de quartier parisienne très bobo catho, entre le Boulevard Pereire et les Batignolles, un petit air de Province, un brassage des cultures, une école comme dans les livres de notre enfance où les parents viennent tous chercher leurs enfants à 16h30, un pain au chocolat à la main.

Et puis le spectre de la sectorisation vient planer au dessus de nos têtes ...

Paris étant partagé en plusieurs secteurs, c'est un peu la roulette russe de l'instruction : en gros si vous habitez dans un beau quartier mais pas au bon numéro, il est possible de voir votre enfant affecté à  un collège pourri version sensible XXXL relégué derrière les Boulevards Extérieurs.

La bonne nouvelle, c'est qu'on peut demander une dérogation pour essayer d'orienter  son enfant vers un environnement un peu moins sensible que celui auquel il est voué.

Cas de dérogation possible :

1 - Handicap
2 - Problèmes de santé
3 - Regroupement de fratrie
4 - Cursus spécifique
5 - Ecole trop éloignée
6 - Boursier

Inutile de préciser que 99,5% des parents se retrouvent à cocher la case numéro 4 pour essayer de sauver leurs gosses d'une dégradation intellectuelle et relationnelle certaine.

La mauvaise nouvelle c'est qu'effectivement, aucune dérogation n'est accordée, même avec le piston le plus invraisemblable du monde.

Question à la Directrice : "Madame, si aucune dérogation n'est accordée, pourquoi nous proposez vous de faire une demande de dérogation".

Réponse de la Directrice : "Ah mais moi je ne fais qu'appliquer les circulaires ..."

Durant la réunion, du haut de son magnifique serre tête en velours et de sa veste matelassée option "je bouffe dans de la porcelaine et je tends la joue gauche ( ou droite ? ché plus ! ) ", la Directrice nous incitait quand même à ne pas demander une option de langue sous prétexte de vouloir échapper à un collège réputé sensible.

"Pensez à vos enfants, ils ne pourront pas suivre un cursus de chinois si aucun membre de la famille ne fait partie de cette communauté, de plus ne venez pas vous plaindre si un jour votre fils veut partir habiter en Chine parce qu'il a étudié le chinois et qu'il souhaite aller faire sa vie là bas".

Ah ! Forcément y'avait déjà comme un malaise d'entendre un truc pareil.

C'est dans un cas comme celui ci qu'on aimerait un peu plus de solidarité entre parents, la trentaine de parents présents était  sensiblement concernée par le même problème, mais certains d'entre eux n'osaient pas avouer qu'ils en étaient arrivés à acheter des chambres de bonnes ou des studios dans des quartiers confortables pour y scolariser leur enfants en fonction justement de l'adresse.

Bilan de la réunion :

Madame, votre fils a 19/20 de moyenne générale et est un élève intelligent et brillant, mais à cause d'une loi très con, il va se retrouver parachuté dans un univers assez surréaliste et à l'opposé de tout ce qui lui a été inculqué au quotidien depuis sa naissance. Il ne vous reste plus qu'à vous démerder pour qu'il réussisse à naviguer entre le racket, la violence, les vols, les passages à tabacs, la drogue, et le racisme, oui oui, le racisme ! Une prof de l'établissement en question s'étant vue refuser la rédaction d'une lettre d'excuse par un de ses élèves sous prétexte qu'elle était "femme ET blanche"... Ca laisse rêveuse ...

Une Directrice complètement à coté de la plaque :
  • Qui n'a sans doute jamais été fourrer son nez dans un collège sensible.
  • En total décalage avec la réalité et le terrain.
  • Nous bassinant une demi heure durant sur les changements psychologiques de nos enfants pendant le passage au collège ( Non sans déconner ? Ils vont changer ? Ils vont pas rester des gamins de 10 ans toute leur vie ? ) 
  • Se cachant derrière ses feuilles roses, jaunes, bleue et verte  et son lutin en plastique pour nous dire au final " je ne fais qu'appliquer la circulaire"
Qu'est ce qu'il nous reste pour le coup ?

Le privé ?  Refusé pour cause d'établissement plein ( version officielle ) mais surtout pour cause d'entrée au collège et non en maternelle ( pour avoir accès aux qualités de l'enseignement privé catholique sous contrat avec l'Etat, c'est limite si on ne doit pas les inscrire durant notre ovulation ... Oui madame, mon foetus est catho, je vous l'assure, je lui récite ses prières tous les soirs et il les connaitra par coeur le jour de sa naissance ! Amen ! )

Montessori ?  ... 600 euros par mois pour une méthode extraordinaire mais qui apparaitrait presque comme marginale au vu des examens demandés par le secteur public pour réintégrer le circuit traditionnel.

Hattemer, Pascal ...  ? 600 euros par mois ... Et même pas la certitude d'y être accepté.

Qu'on ne vienne pas me parler d'égalité, de mixité, de liberté, de possibilité ! Mais plutôt de ghettos dans lesquels toute une classe sociale s'enfonce. A tant vouloir tirer les plus faibles vers le haut, c'est les plus prometteurs qui se retrouvent tirés vers le bas.

Ici bas, les chances ne sont pas les mêmes pour tout le monde, bien au contraire.

Avoir un maximum de pognon, de piston ou accessoirement un coup de bol sur son adresse, sinon ... 
Cours Forrest ... Cours ...

#paysdesbisounours

5 commentaires:

  1. Je n'ai pour le moment qu'une enfant en maternelle, mais je commence à toucher du doigt ce genre de choses par des amies, ma maman ou pire, des profs (pour ou contre ce merveilleux système, c'est selon!!). Mais il parait qu'il ne faut pas critiquer, qu'il ne faut rien dire, qu'il faut niveler par le bas pour permettre à tous de réussir de la même manière, que nous ne sommes que des mamans égoïstes de ne pas vouloir acheter un manteau par semaine pour cause de racket, ben oui, on a pleins de sous, nous!! Donc je compatis, j'ai peur pour très bientot, l'entrée dans ce monde de fou, mais on est tous obligées d'y passer et de se taire, ou alors de passer pour d'infames personnes qui s'en fiche de ces pauvres petits bambins qui ne sauront jamais lire ou écrire correctement, même avec toutes les baisses de niveau possibles, il faut des bons et des moins bons, c'est la vie...

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  2. Le collège en question m'a tout l'air vraiment très Zonard, mais la réputation d'un établissement n'est jamais tout à fait le reflet de la réalité, même s'il n'y a pas de fumée sans feu . Ainsi, dans le collège où je bosse, il paraît ( conversations de parking d'école élémentaire) qu'il y a de la drogue !!! et des enfants saouls en classe. Ces deux phénomènes se sont effectivement produits. Une fois chacun. En treize ans !
    Je précise que je parle d'une zone APV en province (nord), je ne connais pas du tout les établissements parisiens.
    Il y a sans doute une journée portes-ouvertes qui te permettra d'aller te rendre compte par toi-même de l'ambiance.
    Et puis fais une demande de dérogation tout de même, elle a oublié de vous dire qu'il y a une case " autre". Tu rédiges une belle lettre à l'IA, tu vas parler avec le chef de l'établissement visé, et puis tu attends, s'il a de la place ça peut marcher. De toutes façons tu ne risques rien à essayer, au pire c'est non.
    Et puis le cours de chinois, pourquoi pas, t'façons dans deux ans tu pourras déjà plus l'aider en maths ( nan , je rigole) mais plis sérieusement, depuis quand on doit faire les devoirs des gosses à notre place? Et s'il part en chine, tu seras obligée d'aller le voir. Bonne occasion de voyager ;-)
    Faut pas écouter les directrices à serre-tête en velours ....

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  3. Sauf que j'en ai déjà un scolarisé dans ce collège ... Et oui ... Raison pour laquelle je ne veux pas y mettre le second !

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  4. Ce texte résume très bien la situation en région parisienne. De notre côté, option pour le privé des la maternelle. Ce n'est pas parfait non plus: le privé sous contrat a abdiqué toute originalité pédagogique pour pouvoir encore recevoir des subsides de l'état. Reste le privé hors contrat, qui implique de tes gros sacrifices financiers.

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  5. Oui, il aurait fallu aussi le privé dès la maternelle, ou du moins le CP. Mais financièrement impossible à l'époque du premier CP et désormais financièrement impossible avec 3 enfants !

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