lundi 25 mars 2013

Indignation sélective





Quelle est la définition exacte de l’indignation ?

Larousse nous propose la suivante : Sentiment de colère ou de révolte que provoque quelqu'un ou quelque chose.
Colère ou révolte.
Globalement, y’a un truc  qui passe pas.

La définition ne nous incite pas à rechercher des degrés d’indignation.

Il parait que Dieu vomit les tièdes.
Je ne suis pas Catholique, mais je trouve ce verset du livre de l’Apocalypse assez intéressant.

(Apocalypse 3:14-16) : 
« Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche. »
Intéressant parce que cette phrase justement placée dans un contexte d’indignation peut céder la place de Dieu à n’importe qui :  vous, moi, ou tout autre quidam de base.

Qui a seulement envie de voir l’objet de son indignation se transformer en un vaste champ de compromis, de sérénité, d’accalmie : la Suisse dans toute sa splendeur.

Ce verset était l’une des phrases préférées d’un ami très cher aujourd'hui disparu.
Sa prise de position, lorsqu'il estimait une situation injuste et inacceptable, était immédiate et sans concession. Il n’y avait pas de retour possible sur la situation.
Sans vouloir jouer au Zorro de service, sans se lancer dans des causes perdues ou pseudo valorisantes (de ces chaînes que l’on voit défiler inlassablement sur les fils d’actu de nos réseaux sociaux) il se plaçait simplement, se positionnait dans le camp qu’il souhaitait défendre et avait le plus souvent posé le pour et le contre avant de s’y aventurer.

Sans orgueil et avec la ferme intention de placer ses arguments, il avait le mot juste et rigoureux pour démonter pièce par pièce l’opposition qui se retrouvait, vulgairement parlant, le nez dans la merde. Et qui au final, n’avait fait que mériter ce sort.

En matière d’injustice et d’inacceptable,  je n’ai jamais pu être mesurée. 

Je suis probablement née en colère. Perpétuelle râleuse, sans doute aigrie aux yeux de certain, la quarantaine me fait désormais choisir avec délectation des sujets d’indignation plus ciblés, plus orientés.

Je me souviens  avoir souvent craché sur des vieilles en fourrure dans la rue alors que j’étais ado.

Je me souviens m'être faite frappée par une femme à la caisse d'un magasin parce que j'avais eu le malheur de lui signifier qu'on ne tabasse pas un enfant pour une chaussure oubliée dans un rayon.

Je me souviens avoir, il n’y a pas si longtemps que ça, hurlé sur une vieille cannoise qui après avoir empaqueté la merde de son chien de poche, s’était employée à jeter  le sachet plastique sur le bord de la route.

Je me souviens avoir plus d’une fois râlé après un abruti qui passait devant moi à la caisse d’un supermarché (oui bon, ça date sans doute d’hier, et d’avant-hier aussi).

Je me souviens avoir hurlé sur la puéricultrice de la maternité qui refusait de me donner des biberons de lait pour ma fille qui criait famine sous prétexte qu'elle devait  se réguler dans ses tétées et que l’on ne mélangeait pas du lait maternel et du lait  artificiel.

Je me souviens avoir insisté auprès de plusieurs médecins pour la révision de leur diagnostique insatisfaisant à mes yeux quand il s’agissait de mes enfants. A juste titre.

Des centaines de situations, qui peuvent apparaître dérisoires, jusqu’au jour où quelques évènements deviennent plus graves et qu’il faut là aussi prendre position, au risque de perdre des amitiés, au risque de me retrouver seule. Parce que refuser de se positionner face à quelque chose qui nous révulse, ce serait ne plus pouvoir se regarder dans un miroir.

Je me souviens aussi avoir reçu ces conseils bienveillants de proches qui ne souhaitaient pas faire de vagues. Il est de bon ton de se mêler de ses affaires.  Non, dans bien des cas, l’homme déteste faire des vagues. Il ne faut pas moufter, il ne faut pas la ramener. Toujours se contenter du milieu, de la tiédeur et de la douceur. Pas de bruits, pas de casse, pas de hargne, pas de rogne, pas de grogne. Il faut surtout être poli ! C'est pas beau l'impolitesse, le gros mot ? Pas de ça chez nous, non non non, il ne faut pas. Surtout pas.

Pourtant, ces mêmes personnes qui refusent de s’indigner pour quelques propos qui ne les concernent pas directement, seront sans doute celles qui s’étonneraient de vous voir refuser de défendre leur propre cause.

Mais où étiez vous donc quand je me faisais lyncher ?

Où étiez vous donc quand il y avait un honneur à défendre ? Un ami à sauver ?

S’indigner, comme l’impose  la grande mode depuis ce charmant manifeste de quelques pages, ce n’est pas simplement s’indigner pour de grandes causes qui semblent régir notre avenir, l’écologie, la faim dans le monde, le conflit Israélo- Palestinien.

S’indigner ce n’est pas publier sur son mur Facebook une photo d’un animal à moitié mort dans un refuge ou d’un bébé à la tronche éclatée en cliquant sur « j’aime »  car « si tu ne veux pas que ça se reproduise, clique sur « j’aime ».

L’indignation est bien plus intrinsèque aux méandres de notre esprit. Elle doit surgir comme un bouillonnement du plus profond de nos tripes qui fait que ce que l’on voit, ce que l’on lit, là tout de suite, (et peu importe qu’il s’agisse de quelque chose de dérisoire ou de grandiose) provoque en nous un sentiment d’injustice et de malaise profond. L’indignation est un message qui doit se maîtriser pour être dilué de la façon la plus objective et la plus certaine.

La résignation fait souvent place à l’indignation.

Je mourrai probablement comme je suis née : contestataire, râleuse, réellement indignée. De tout comme de rien, et certainement sereine d’avoir emmerdé le monde autour de moi.
Droite dans mes bottes.
Et vous ?

lundi 18 février 2013

Friends




Hier soir, alors que je m’apprêtais à tenter un endormissement furtif d’environ 4 bonnes heures ( mon maximum étant cinq par nuit, je vise la barre déjà haut avec 4 ) je ne pouvais m’empêcher de rejeter un œil sur notre ami facebook.
Addiction ? Réflexe ? Vice ? Peu importe. J’assume totalement la présence de ce réseau social à l’intérieur de mon existence.
Certain diront qu’il est inconcevable d’y passer autant de temps ou d’y afficher sa vie de façon aussi impudique. Moi je dirai seulement qu’il faut vivre avec son temps et que ceux là même qui critiquent ces réseaux sont les mêmes qui refusaient il y a 10 ans un téléphone portable pour la bonne et simple raison qu’ils ne souhaitaient pas avoir «un fil à la patte». Aujourd’hui,  une vie sans téléphone portable est aux frontières du réel !

1h52 au réveil et ma messagerie affichait un petit  onglet rouge. Je cliquais dessus et découvrais quelques photos d'un cimetière Corse.

Fleur était partie passer le week-end en Corse et c’est tout naturellement qu’elle avait dû penser à moi en traversant un cimetière pour pénétrer dans l’enceinte d’un village comme elle me l'expliquait dans le message.

Un message simple. Banal. Trois photos et un clin d’œil.

Un message qui ne pouvait pas me laisser indifférente.

Un message qui à lui seul m’envoyait toute l’amitié que Fleur éprouvait pour moi. Connectée à ma personnalité, elle n’avait pu s’empêcher de penser à cette passion des cimetières qui m’accompagne au quotidien et  à cet instant précis, j’avais senti qu’un peu de moi l’accompagnait. Par cette attention, cette simple pensée.

Quelques temps plus tôt, c'était une photo d'un cimetière écossais, postée par Sylvie, d'une tombe  d'enfant avec une incroyable voiture scellée au dessus, envoyée par Nathalie en vacances sur l'île San Salvador, ou bien un clin d'oeil dans un des albums photos de Caro, au travers de plusieurs clichés de cimetières lors de ses périples.

Au final, que recherchons nous avant tout dans nos vies ?

Le grand amour ? Le bon boulot ? La jolie maison ? L’argent à profusion ? Les voyages ? La célébrité ? La famille Ricoré ? Les enfants sages et brillants ?

Je crois qu’avant toute chose, nous recherchons l’existence au travers de ceux qui nous accompagnent. De près ou de loin, nous sommes à l’affût du moindre de leurs regards, d’une approbation, d’une pensée, de la certitude d’être important dans leurs vies, d’y occuper une place de choix, si petite fusse-t-elle, et d’être certain de ne jamais rester sur le bord de la route. Avec l’immensité de notre solitude.

On ne choisit pas sa famille. On choisit ses amis.

Mes 40 ans arrivant à grand pas, je regarde derrière moi et tire désormais le bilan de ces amitiés qui entourent ma vie.

Il y a les institutionnels, 40 années de vie, 37 ans d’amitié. Rencontrés sur les bancs de la maternelle, nous avons écorchés nos genoux dans ces cours d’écoles au goudron rouge, nous avons appris ensemble la mort de Claude François, nous avons porté des pantalons à carreaux, des bonnets de bain en plastique qui nous arrachaient les cheveux, nous avons mangé les glaces de Tito le samedi matin, lorsqu’il arrivait dans sa Dyane orange et blanche, nous avons  hurlé devant les gratins de nouilles servis par Tata Yvonne à la cantine, nous avons connu les bancs du collège et même du Lycée.  Ils sont mes repères, mon enfance sucrée, ma mémoire quand elle flanche, mes madeleines de Proust. Avec eux c’est évident.

Il y a celles et ceux rencontrés au Collège et au Lycée. Certains restés fidèles quelques années puis qui finissent par disparaître et d’autres devenus plus que de simples copains d’école. Première boum des 15 ans, premiers flirts, disques vinyle encore 33 tours, les samedis après-midi à arpenter la même rue cinquante fois pour croiser LE garçon qui habitait là, les premières fêtes du cinéma, la nuit des publivores, les montées des marches, le Blitz, le Disco 7, le Prétexte, les 3 Cloches, la plage.

Il y a le hasard des amitiés nouées durant les vacances, les jobs d’été,  les premiers boulots.

Il y a les études supérieures. Ceux qui, présents au départ, se sont volatilisés, quelques années plus tard. Au gré des affinités.

Il y a les nouvelles recrues, fraîchement issues du monde professionnel.
Là, le tri se fait de façon rapide et efficace car dès que nous quittons une entreprise pour une autre, rien n’est plus vrai que le célèbre adage «loin des yeux, loin du cœur». Ne restent que ceux qui nous aiment vraiment pour ce que l’on est.

Il y a le club des Mamans, et ces mères avec qui l’on sent arriver immédiatement la connexion parfaite : enfants du même âge, et une idée de la vie assez similaire. Cela ne peut que fonctionner.

Il y a les pièces rapportées ( sans connotation péjorative, aucune ! ) ou comment agrandir son cercle d’amis en se faisant présenter des amis d’amis qui deviennent encore plus que des amis ! Qui s’élèveraient presque au statut de famille ! L’une commence une phrase, l’autre la termine. Il y a les dîners, les afters, les virées improbables, les soirées impromptues, le plaisir d’être ensemble, de rire non stop, à en avoir mal au ventre. A ruiner son mascara, à faire péter le glamour.

Il y a les virtuels, ceux qui ne font qu’apparaître au travers de notre petite fenêtre ou bien sur le fil d’actu de  Facebook. Ceux là même triés sur le volet et appréciés. Amitiés en devenir ? Piliers virtuels.

Il y a celui qui nous manque atrocement. Parce qu’il n’est plus là. Parce qu’il ne reviendra plus. Parce qu’il a décidé d’aller voir ailleurs si l’herbe était plus verte. Et même si l’on respecte son choix, il y a la souffrance quotidienne due à son absence. La sensation qu’il est juste pas bien loin, l’impression qu’il va réapparaitre. La tristesse. Il n’y a que le temps qui puisse atténuer une blessure aussi douloureuse. Alors les souvenirs, c’est tout ce qu’il reste. Et puis honorer sa mémoire. Surtout.

Il y a toutes ces amitiés.

Sans eux, sans cette indéfectible amitié, sans cette longueur d’onde inébranlable, sans cette connivence perpétuelle, sans cette connexion d’âme,  que serai-je moi ?

L’être humain n’est pas fait pour vivre seul.
Animal certes, mais comme le disait si bien Aristote, animal social.

A vous tous,

Sylvie, Anaïs, Mireille, Céline, Fleur, Anne, David, Jérémie, Joël, Etienne, Caroline, Sandrine, Laurence, Christophe, Valérie, Sylvie, Sophie, Sophie, Sophie (y’en a tellement !) Marie, Alex, Magali, Michèle, Béatrice, Laetitia, Valérie, Fabienne, Julien, Olivier, Clément, Nathalie, Nathalie, Isabelle, Karine, Virginie, Karine, Mathieu,  Nathalie, Véronique, Fabien, Maryline, Carole, Virginie, et tous les autres …

A toi Cédric,

Merci.

jeudi 7 février 2013

Eugène, Oscar, Pardon ...





Il y a quelques heures,  alors que je surfais nonchalamment, enchaînant les allers-retours entre Twitter et Facebook, je m'arrêtais quelques instants sur le retweet d’un article évoquant un tag au Louvre Lens.

Poussée par la curiosité, j’ouvrai le lien et entrepris de lire ce qui allait immédiatement provoquer en moi des nausées proches de l'un de mes premiers mois de grossesse, un de ceux où j’avais envisagé d’inventorier chaque fêlure du fin fond de la cuvette de mes toilettes, tellement j’y passais du temps.

Oui un truc qui fout immédiatement la nausée. La révolte au fond du bide, l’envie de gueuler, de frapper sur n'importe quoi ou n'importe qui version punching-ball pour se défouler, tellement ça nous retourne les neurones et les sens.

Le picth est on ne peut plus simple.

Ouverture du Louvre-Lens, «La liberté guidant le peuple» est prêtée pour y être admirée telle une Guest Star (et c’est peu de le dire quand on a déjà eu la chance de pouvoir la contempler au Louvre), la culture est partagée.

Jusque là rien de bien sensationnel, et c’est d’ailleurs plutôt des bonnes nouvelles, une sorte de renouveau, d’engouement, d’abandon des castes parisiennes et de leur intégrisme culturel (Nous à Pââââââris … vous comprenez, on a accès à tout ! ) Et bien non ! Une œuvre ça se déplace ! Si tu ne viens pas à la culture, la culture viendra à toi ! Et bing !

«La Liberté guidant le peuple», elle est plutôt facile à se représenter, du moins chez  tout bon quarantenaire et plus, qui se souvient de ses bons vieux billets de 100 francs ( 15,24 euros pour les trentenaires et moins ).

Une œuvre d’Eugène Delacroix. Magistrale, symbolique. Un trésor. Les qualificatifs sont biens faibles pour cette catégorie qui n’est autre que le patrimoine culturel, artistique, esthétique de la France.
Oui, c’est un trésor. Il n’y a pas d’autre mot.

Curieusement, la notion de patrimoine, de culture, de préciosité et de conservation n’est pas vraiment la même chez tout le monde.

Une jeune femme de 28 ans est donc interpellée cette après midi au Louvre-Lens, après avoir tagué au marqueur indélébile des revendications (dont on ignore pour l’instant la nature exacte) sur environ une trentaine de centimètres.

Experts en restauration sont immédiatement dépêchés sur les lieux. La jeune femme elle, est placée en garde à vue.

Que risque-t-elle ? Mystère …

Au-delà d’une sanction par voie judiciaire largement méritée, il se pose une énorme problématique.

Que ceux qui insinuent que la toile n’aurait jamais dû bouger de Paris, se taisent aussitôt. Des fous, des timbrés, des odieux personnages, il y en a toujours eu, partout et de tous temps, et ironie du sort, la Capitale n’est pas en reste pour son quota de barges.

Mais à cause de la bêtise humaine,  faudra-il en arriver à proposer des œuvres sous cloche ? Ou pire, en arriver à ne plus du tout proposer l’accès à la culture. Des trésors bien trop fragiles pour être exposés aux risques et au vandalisme.
Que s’est – il passé dans le cerveau de cette jeune femme de 28 ans ?
Quelles étaient ces revendications ?
Etait-elle consciente de la gravité de son geste ?
L’a-t-elle fait en total connaissance de cause et pour marquer le coup par rapport au thème de la toile.
Comment peut-on mépriser notre pays, son propre pays au point de lui nuire et de bafouer, ruiner les trésors qu’il offre chaque jour à ses millions d’habitants

A quelques  centaines de kilomètres de là, au cimetière du Père Lachaise à Paris, ce sont sur d’autres souillures qu’il faut légiférer. La sépulture d’Oscar Wilde, sculpture monumentale exceptionnelle, avait été récemment nettoyée et protégée par une cloison de verre sur sa demi hauteur et ce afin de lui éviter ce constant défilé de baisers gras de rouge à lèvres, tradition idiote et inutile.








 La sépulture d'Oscar Wilde, avant/après restauration




Si la sépulture avait pu retrouver un aspect sain, les tentatives n’en restaient pas moins évidentes, pour preuve les sépultures voisines abîmées par quelques hystériques en mal d’embrasser et essayant de grimper ça et là sur la cloison.

Ces premiers jours de février 2013 ont vu réapparaître quelques baisers gras et rouges sur la partie supérieure. Preuve que l’être humain est vraiment prêt à tout pour détériorer au profit de la satisfaction de son propre plaisir.

Que dira-t-elle celle-ci ?
Que dira-t-il celui-ci ?
J’ai embrassé la sépulture d’Oscar Wilde ? J’ai réussi ?
Quelle gloire en tirer ?

Pas de gloire ici bas.

Honte sur vous, Madame, Mademoiselle ou Monsieur.
Honte sur quiconque abîme ou met en péril le patrimoine Français.
Honte sur cette bêtise insidieuse qui ne fait que se propager.
Honte sur ceux qui ne s’indigneront pas de tels gestes.

jeudi 24 janvier 2013

Les jeux d'écriture du blog de Sophie : dialogue entre contraires





Je n'ai pas choisi l'écriture. C'est elle qui m'a choisie.
Les milliards de pensées qui surgissent chaque instant au détour des routes sinueuses de mes connexions synaptique m'incitent un peu plus chaque jour à raconter ça et là ce que je ressens, ce que j'envisage, ce que je pense, ce qui m'émeut, ce qui m'indigne, ce qui me passionne, ce que j'aime par dessus tout.

Au delà de cette motivation quotidienne qui m'anime mais qui parfois peut me faire cruellement défaut, il y a cette petite lumière que je retrouve régulièrement, à travers des paroles d'encouragement, des soutiens indéfectibles, des sensibilités partagées.

J'ai rarement manqué de confiance en moi. C'est sans doute présomptueux de tenir de tels propos. Qu'importe, je les assume pleinement. Un excès de confiance en soi n'est jamais préjudiciable dans le monde infect qu'est celui où nous évoluons tous aujourd'hui.

Contemplative par excellence, maîtresse suprême de l'observation passive, et surtout experte ès Tout-ou-rien. Il m'a bien fallu me rendre à l'évidence : c'est d'étincelle dont j'avais besoin.

Sophie Gourion tient régulièrement sur son blog des jeux d'écriture.
Le thème de cette session était "un dialogue entre un mot et son contraire".

Voici ma maigre contribution.

La thématique ne vous étonnera point. Elle est évidemment voulue.

Merci Sophie, de me donner ces petites étincelles qui me font avancer.

La vie : Encore toi ? Mais c’est infernal de me suivre indéfiniment comme ça. Partout où je passe, tu repasses, partout ou je sème, tu déterres, partout où je construis, tu détruis.

la Mort : 
Ouais … c’est mon boulot !

La Vie : Jamais tu prends des vacances ?

La Mort :Non, pas de vacances pour moi, c’est un full time job, pas de RTT, pas d’arrêts maladie, pas de pause déjeuner. Je suis même en surproduction, je dois vite embaucher si je veux réussir à tenir les cadences et ne pas décevoir ma clientèle, ma petite entreprise ne connaît pas la crise.

La Vie :Mais quoi ta clientèle ??? Ne vas pas me dire qu’en plus elle est demandeuse ? Je suis certaine qu’elle ne s’en porterait pas plus mal ta clientèle si tu déposais un peu le bilan. 

La Mort :Impossible, je déteste décevoir. Il y a tant de monde qui m’attend ! Et puis si je n’honorais pas ma clientèle, tu serais bien embêtée car je te rappelle qu’une optimisation maximum de mon boulot te permet de réaliser le tien de façon confortable.

La Vie :Confortable… confortable…, quelquefois tu ne me laisses pas beaucoup de disponibilités pour le mener à bien mon boulot. J’ai même pas le temps de me retourner que hop, t’es déjà passée dans mon dos. Alors ? Un peu de répit quoi ! Vas prendre un café de temps en temps, paye toi une toile, fais les soldes ! Respire !

La Mort :Non, sans façons … Ca ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est mon boulot.

La Vie :Mais c’est pas possible, tu es workaholic ! Tu ne t’arrêteras donc jamais ? 

La Mort :C’est peu probable.Que serait l’univers si je me retrouvais au chômage ? 

La Vie :Tu es bien prétentieuse

La Mort :Non, simplement réaliste ! Réfléchis un peu, je suis autant nécessaire à son bon fonctionnement que tu ne l’es. Si je disparais, le monde sera un vaste chaos, si je prends des vacances, l’humanité entière sera bien embêtée ! Alors je veux bien essayer de ralentir certaines cadences et envisager l’équilibre, mais depuis que la Peste et le Choléra ont pris leur retraite, ( sans doute bien méritée ) je dois faire le boulot quasiment toute seule, plus aucun assistant efficace et digne de confiance, plus aucune main d’œuvre qualifiée. Tout se perd ma bonne dame ! On finit par faire tout le boulot soi même en espérant ne rien lâcher sur le bord de la route.

La Vie :Bah, je te rassure, tu t’y emploies très bien. Trop bien même…

La Mort : Je suis perfectionniste.

La Vie : C’est pour ça que tu dois lâcher un peu de lest, tu frises le burn-out ! Allez vas te reposer un peu. Je m’occupe de la boutique pendant que tu n’es pas là. Si si, je t’assure, ça me fait plaisir, ne me remercie pas.

La Mort :Mouais … je vais y réfléchir …Ah, excuse moi, j’ai un incendie sur le feu … Je repasse te voir dès que c’est cuit.

La Vie :Pffff ….. (Soupirs ….)


Un beau matin pour mourir


.

Y-a-t-il une belle saison pour mourir ?

Si je devais choisir la période, je pense que je prendrai le mois de Mai. Il ne fait pas trop chaud, ça sent le muguet, le soleil est presque assuré. 
Oui, vraiment, mourir en mai est l'idéal. Après je ne suis pas certaine qu'avec tous les ponts et les jours fériés cela arrange les entreprises de pompes funèbres, c'est un peu comme mourir entre le 15 juillet et le 15 août, ou pire, entre Noël et Jour de l'An.

Je me suis souvent demandée ce qui pouvait bien pousser les gens à mourir pendant les fêtes.
Au coeur même de la période la plus intégriste en matière de bonheur et autre réjouissance, comment envisager une seule seconde la mort !?
Comme si cela devrait être limite interdit de mourir entre le 15 décembre et le 15 janvier !
A partir du 15 décembre ont peut décréter que l'esprit de Noël est  installé, et cela jusqu'au 15 janvier. On ne peut pas échapper au sempiternel "Bonne Année" (ceux qui se la souhaitent après le 15 janvier sont, reconnaissons le, franchement en retard). Après la Saint Sylvestre se profilent les réjouissances de l'Epiphanie et sa ribambelle de rois et reines. Non ! Il est donc impossible de concevoir cette partie du calendrier en parlant de maladie incurable, en annonçant un décès, en envisageant la mort, sous toutes ses formes et de quelque façon que ce soit.

Il est même impensable d'être ne serait - ce que fatigué, déprimé, suicidaire.

Imaginons quelques secondes un dialogue de circonstance :

 - Salut tu vas bien ? Bonne année au fait !
 - Ah oui bonne année
 - T'as fait quoi de beau pour le nouvel an ?
 - Ma mère est morte le 30, donc c'était un peu compromis.
 - ...

Mort interdite donc, entre le 15 décembre et le 15 janvier. Qu'on se le dise.
Oui mais voilà, choisir sa saison, ce serait si facile ...
Mort interdite en théorie. Mais la pratique elle,  est un peu moins évidente.

Dans la pratique justement, il y a toujours un petit malin qui décide de ne pas respecter les interdits.
Celui qui adore se faire remarquer
Celui qui, jusqu'au bout, reste fidèle à lui même.

Ce petit malin, on le connaissait bien. Il avait décidé de nous faire le coup cette année.
Une semaine avant, il nous avait fait une bonne blague. Un de ses tours de passe passe, du genre regardez-moi, je vais disparaître ! ( Oui faut dire qu'en bon Lion, il adorait attirer l'attention sur lui ). Au début on a pas vraiment compris. Les sms, les coups de fils, on a croisé les infos, les dernières nouvelles reçues annonçaient du bonheur, des projets, du renouveau. On s'est pas méfié. On s'est dit "mais quel con ! Il allait pas si mal que ça, c'est pas possible, il va se réveiller et on va lui tirer les oreilles, il va pas s'en tirer comme ça, ça va chier". C'était juste encore une de ses histoires à dormir debout.

Seulement là il était bel et bien endormi. Un sommeil sans rêves. Un coma profond. Et puis une phrase qui tombe, simple, courte, limpide : pronostic vital engagé.

On a très vite compris qu'il ne se réveillerait pas. Même si on voulait y croire chaque jour un peu plus. On parlait déjà de lui à l'imparfait. C'était son choix. On le respectait. 

Il s'en est allé le Samedi 5 janvier. Alors que le soleil était magnifique, que  les températures nous offraient un goût de printemps. On avait même tombé les manteaux à la terrasse du café. Face à la mer.
On était là, toutes les trois à attendre quelques nouvelles. Riant, pleurant, se foutant indéfiniment de la gueule des botoxées de Juan-Les Pins. Pour faire genre, on a d'abord commandé des thés au citron. Puis on a finit en tournée générale de coca zéro. Soyons folles. Tout était permis.

Ca faisait une semaine qu'on versait des larmes. C'est incroyable quand même le corps humain. Cette capacité de toujours se renouveler en larmes. 

On avait voulu retourner lui dire au revoir. L'embrasser une dernière fois et lui dire qu'il resterait dans nos coeurs. 
On tuait le temps comme on pouvait avant de nous rendre à l'hôpital. En attendant les heures des visites.
C'est troublant de regarder les passants, les clients attablés, et de se dire que sous leurs airs détachés se cache parfois des drames, de la solitude, une infinie tristesse ou pourquoi pas une vie heureuse, une journée formidable qui s'annonce, une rencontre, des projets ?

Ce jour là, ce 5 janvier 2013,  à midi, réunies toutes les trois sous notre indéfectible arrogance et nos fous rires, nous avions perçu comme un état de grâce. Une matinée parfaite. Le soleil, la chaleur, le ciel bleu, une mer d'huile à quelques mètres en face de nous, et  l'amitié. Ce jour là pourtant, c'est nous qui donnions le change aux passants, tentant furtivement de dissimuler notre détresse.

A notre manière, nous avons célébré ce moment. Riant aux éclats, nous étions coupées du monde et reliées entre nous. Seulement entre nous. 

Arrivées à l'hôpital, l'infirmière de la réa nous appris ce que l'on savait déjà.

C'était finalement un beau matin pour mourir.









mercredi 5 décembre 2012

Antibiotique Ta Mère


Se réveiller un mercredi matin de décembre avec 39 de fièvre, le nez qui coule version tsunami et les yeux aussi frétillants que ceux d'une tête de veau sur l'étal de la Boucherie Centrale Rue de Lévi, c'est comme qui dirait le rêve de toute mère de famille.

Oui, le rêve, la promesse malgré tout d'une journée heureuse, douce et paisible, bercée par les activités extrascolaires, les devoirs, les petits gâteaux qui mitonnent au four et les ateliers pâte à sel pour oublier le froid et les jours qui ont raccourci.

Bon, la version au dessus là,  c'est dans je ne sais quel blog à la con de #supermamanaupouvoir , mais pas chez moi en tous cas.

Ce matin je me suis donc réveillée comme une pov'fille, l'oeil pleurant et hagard, comme si j'avais été rouée de coup, fébrile et fiévreuse, en totale apnée, bref, bonne à jeter à la casse et sans aucune prime de reprise !

Et là, bizarrement, les premiers mots qui me viennent à l'esprit sont donc "merde, c'est mercredi !".

Après m'être nonchalamment traînée dans la salle de bain pour constater l'étendue des dégâts ( note pour plus tard, la crème" prodigieuse, anti-stress et re-densifiante chépasquoi" de Nuxe, ça marche pas sur les tronches explosées comme la mienne ) je réussissais quand même  à retrouver ( temporairement ) une mine présentable pour accueillir le toubib de SOS médecins. 

Bizarrement, les putois avaient décidé de ne pas trop broncher ce matin, faut dire que d'avoir vu ma tronche au réveil, cela semblait suffisant pour les calmer "Ok maman, on est sympa avec toi"... (#mercredicompassion).

Alors SOS médecin c'est quand même tout un poème. Depuis que je vis dans la Capitale, je n'ai pas réussi à trouver un seul médecin généraliste qui vaille vraiment le coup.  J'ai bien sûr toute une panoplie attitrée d'ophtalmo, dentiste, gynéco, dermato, et autres spécialistes à 90 euros la consultation, mais un bon généraliste, dispo, efficace, qui te fasse pas poireauter  une heure et demi en salle d'attente et te prenne le jour ou justement t'es complètement à l'ouest pour une saleté de rhume qui est venu te surprendre en pleine nuit ! Ben non, j'en connais aucun. Du coup SOS médecin reste pour moi la solution la plus pratique et une sorte de "meilleur rapport qualité prix".

Encore que côté qualité j'ai quand même eu à faire à des phénomènes.

  • Il y a le toubib appelé le week end pour une urgence assez conséquente et qui prescrit le seul médoc qui était contre-indiqué (et dont on aura connaissance de la bourde une fois arrivée au urgences de l'hôpital 24 heures après pour aggravation de l'état général).
  • Il y a le toubib qui s'incruste et qui serait pas contre taper la discut' et un bon café.
  • Il y a le toubib qui peut pas blairer un chat/gosse/TV/femme (entourer la bonne réponse)
  • Il y a le toubib qui préfère te prescrire tout ce qui est possible d'être prescrit, avec radios et scanner si possible, on sait jamais "je voudrai pas passer à coté d'une infection" (bon !)
  • Il y a le toubib qui refuse de monter les 8 étages à pieds sous prétexte qu'il a autre chose à foutre.
  • Il y a le toubib qui semble avoir le même age que mon fils aîné et là, c'est moi qui lui dicte son ordonnance !
Et enfin il y a le toubib chiant.

C'est donc sur la version chiante que je suis tombée aujourd'hui. 

Après m'avoir brièvement auscultée et farfouillé le fond de la gorge, le gars m'annonce un rhume ( Combien d'année de médecine mon gars ? ) Bon ok d'accord, mais j'ai quand même les sinus explosés, les yeux qui coulent en permanence, 39 de fièvre depuis 3 jours et le nez et les oreilles bouchées, la rate qui s'dilate, le foie qui est pas droit, le ventre qui se rentre, le pylore qui s'colore etc ...

"Oui mais tout ça c'est viral ! "

Haaaaaaa ! Le mot de merde qu'affectionnent tous les médecins : c'est VIRAL ! Quand un toubib lâche ça, on dirait qu'il te dit en gros "fermez là, vous n'avez plus rien à dire".

Mais là perso mon gars, j'en ai strictement rien à foutre que ce soit viral, infectieux ou que ça provienne d'un mélange entre le H1N1 et la grippe occidentale du fin fond du Zimbabwé, je veux juste être sur pieds pour demain, hein ? Non parce que si tu me soignes pas là, tout de SUITE, je te ligotte pour la journée et c'est avec toi en guise de Totem que mes gosses vont s'amuser tout au long de leur mercredi ? Les petits indiens ? Tu connais ?

Devant mon air un peu insistant, Monsieur Toubibchiant daignait finalement me prescrire des antibiotiques.
"Oui .. Mais ça va vous servir à rien, vous allez rester comme ça pendant 15 jours de toutes façons". ( Donc en gros gars, tu me prescris des trucs qui vont me servir à rien, mais ça a pas l'air de te déranger sur le principe ! ).

M'EN FOUS ! Je prends le risque de m'intoxiquer aux antibiotiques si ça peut juste me faire lever le nez de mon lit, et retrouver un semblant d'air glamour, je suis prête à sacrifier les derniers anticorps qui me restent en contrepartie d'une guérison rapide.

Et là le gars finit par lâcher son ordonnance criblée d'amoxiciline et autre cochonneries chimiques qui accompagnent le truc. Merci, Docteur, au revoir, à la semaine prochaine !

Donc encore un qui a voulu me faire le coup des "Antibiotiques c'est pas automatique".

Je me suis toujours demandée quel était l'abruti qui avait pu sortir cette phrase à la con ? 
Probablement encore un mec qui n'a jamais eu à garder ses gosses tout un mercredi durant avec 39 de fièvre et le nez comme une patate !.

Pourquoi dans ce cas là, les toubibs, devant un cas qu'il considèrent comme "viral", ne refusent pas catégoriquement la prescription d'antibios. Enfin,  soi c'est pas efficace et dans ce cas là ok on en prend pas, soi ça peut l'être et dans ce cas là je vois pas où est le problème de tenter. Mais faut arrêter de nous faire croire que c'est tellement plus efficace de rester 15 jours à se taper un rhume de merde et un nez bouché alors qu'en 48h avec 4 doses de Chlamoxyl, on est déjà sur pieds !

En attendant des jours meilleurs, et des yeux un peu moins bovins,  je m'en vais tenter l'expérience Grog. 

#kasayémisyéBobo



dimanche 2 décembre 2012

Aberration Nationale ...




Mon fils est en 6ème dans un collège de merde.
A quoi reconnaît – on un collège de merde me direz vous ?

Grosso modo, un collège de merde pour moi c’est :
  • Un collège où la Principale adjointe passe le plus clair de son temps à dissoudre les attroupements de plus de 3 personnes aux alentours de l’entrée. 
  • Un collège où 90% des parents d’enfants qui y étaient destinés ont réussi à choper une dérogation parce que c’était tout bonnement pas envisageable pour eux d’y faire entrer leurs gosses.
  • Un collège où  les élèves, après avoir merdé,  refusent de s’excuser parce que leurs profs sont des femmes.
  • Un collège où le gardien s’est fait tabasser par des élèves pour avoir pris la défense d’une surveillante  qui se faisait  un peu trop « solliciter ».
  • Un collège ou le taux de réussite au brevet est de  60% …

J’ai donc pas eu d’autre choix que de mettre mon fils dans ce collège, n’ayant pas réussi à choper une dérog par je ne sais quel subterfuge hallucinant, piston exceptionnel ou harcèlement non stop de Proviseur et n’étant pas assez riche pour devenir propriétaire d’un cinq pièces Place des Grands Hommes.

Quand je regarde les statistiques de cet établissement je ne peux que redouter que le pire se produise pour mon fils : croiser le chemin des mauvaises personnes.

Pourtant, dans cet environnement  je m’y sens curieusement plus à l’aise que celui des beaux quartiers et de l’enseignement privé. Ayant grandit dans une cité, les conventions et le protocole, c’est très peu pour moi. Je n’aurai certainement pas survécu dans un collège truffé de serres têtes velours et de mocassins à pompons bleu marine.  Ni même de bobos gauchisant, hurlant la mixité culturelle et le bonheur de vivre dans un quartier populaire, mais se gardant bien de mettre un pied dans la Goutte d’Or pour préférer le haut de Montmartre. Oui le populaire ça va un peu mais pas trop quand même, faut pas déconner !
L’autre visage du ghetto …

Oui c’est cliché, mais c’est tellement vrai après tout.

C’est d’ailleurs ces mêmes mocassins ou un genre de carré Hermès  qui fait office de personnel dirigeant et que je me plais à observer devant la grille du collège de mon fils ce jour là, un début d’après midi où je viens récupérer le téléphone qu’il s’est fait confisquer par le CPE, un peu trop abusivement à mon goût.

Observer le personnel de l’éducation nationale en situation, face à des élèves de quartiers définis comme «défavorisés», c’est juste jubilatoire. A plus forte raison quand on voit la directrice adjointe, perchée sur ses Stilletos et engoncée dans son tailleur bon marché imitation Chanel, essayer d’avoir une quelconque crédibilité en demandant les carnets aux retardataires. Les élèves ne prennent même pas la peine de la regarder ni de l’écouter, ils continuent de se parler entre eux comme si elle n’était pas là en attendant qu’elle ait fini son speech. Rien à cirer d’une nana qui ne respecte visiblement pas leurs codes et qui n’a aucun rapport avec leur monde.
Elle ne prend même pas la peine de s’adresser à eux de façon simple, elle ne fait que leur brailler dessus. Leur vociférer un « rappelles moi les règles » si  pathétique que les élèves n’y prêtent même plus aucune attention.

Cette nana, on se demande même ce qu’elle a bien pu faire à sa hiérarchie pour atterrir dans un environnement pareil. Elle a dû être sacrément punie. Ou alors  une grosse connerie. Un truc de malade.

Alors je regarde cette tranche de vie au sein du collège, je vois ces briques rouges et ces vieux murs qui étaient en d’autres temps ceux d’une «Ecole de jeunes filles», je me dis que c’est  juste mal fait. Que l’hypocrisie des dérogs éloigne ces enfants favorisés qui pourraient, en nombre réglementaire, imposer leurs lois, les bonnes lois. Car l’équilibre serait alors retrouvé. La mixité sociale, ethnique, intellectuelle, la vraie.
Au lieu de cela, un ghetto dans le ghetto. Un mouroir intellectuel où les enfants, déjà victimes de leur environnement social et familial sont ici encore plus tirés vers le bas par le personnel encadrant. Des professeurs déprimés, désabusés, absents, sur la défensive, étonnés de voir une mère disponible, à l’écoute, et leur fournissant un élève poli, reposé, intéressé,  intelligent et respectueux. Un amalgame permanent, un laissez-aller manifeste, l’aigreur et la désillusion de l’équipe éducative qui ne voit plus les élèves comme des enfants mais comme des délinquants en puissance. La sensation permanente d’affrontement, de tension, de répression.
Ici on ne se réjouit pas. On y vient comme dans une prison. On y pénètre la tête baissée, résigné. On en sort un peu plus abruti à chaque fois. Avec l’espoir que ça s’arrangera un peu la fois prochaine. Illusion.

Une machine à transformer les bons en mauvais.

Bienvenue au Collège mon Fils, bienvenue dans l’Aberration Nationale.